Affaire Hessel à L'ENS: une pétition internationale pour la liberté d'expression

I was co-signatory, along with 152 other academics, of a petition/open letter launched by Judith Butler, Professor of Rhetoric, University of California Berkeley, Michael Harris, Professor of Mathematics, Université Paris-Diderot, and Natalie Zemon Davis, Professor of History, University of Toronto. The text is published at Contretemps (22 March 2011), http://www.contretemps.eu/interventions/affaire-hessel-lens-p%C3%A9tition-internationale-libert%C3%A9-dexpression.


Une pétition à Monique Canto-Sperber, directrice de l'École Normale Supérieure, Paris-Diderot

Judith Butler, Professor of Rhetoric, University of California Berkeley Michael Harris, Professor of Mathematics, Université Paris-Diderot Natalie Zemon Davis, Professor of History, University of Toronto and 153 others

Nous, soussignés universitaires américains, canadiens et britanniques ayant de nombreux et prolongés contacts avec la France, et qui avons longtemps admiré le rôle historique de l’Ecole normale supérieure dans la vie intellectuelle de ce pays, sommes consternés par les récents événements au sein de cette école. L’action de la directrice, Monique Canto-Sperber—l'interdiction d'une conférence de Stéphane Hessel d’abord, puis le refus d'autoriser le Collectif Palestine ENS de tenir une réunion sur le campus, constitue un déni des droits de la liberté d'expression et la liberté de réunion. Hessel est, à 93 ans, un ancien élève de l’ENS, un membre de la Résistance, un survivant de Buchenwald, et l'un des auteurs de la Déclaration universelle des droits de l'homme et du récent best-seller Indignez-vous!, dans lequel il critique (entre autres choses) le traitement des Palestiniens par Israël. Nous ne sommes guère convaincus par le raisonnement de la directrice et du Conseil d’Etat, qui estiment que ces réunions constituent une menace à l’ordre public ou qu’elles tombent hors de la responsabilité qu’a l’ENS de garantir à tous les étudiants la liberté d’expression et le droit de réunion. L'action de la directrice constitue une exception à la tolérance qui est d’usage dans cette Ecole à l’égard de l'action politique des étudiants, et il s’agit d’une exception récurrente, visant à faire taire unilatéralement l’une des positions d’un débat nécessaire sur le conflit israélo-palestinien. Nous pensons que les actes de la directrice vont à l’encontre d’une longue tradition de liberté d’expression politique au sein de l’ENS, telle que décrite dans sa propre publicité : «L’École normale supérieure fut pendant des décennies le haut lieu de la vie intellectuelle et scientifique française. Elle a participé à tous les grands débats d’idées qu’a connus la France moderne, de l’affaire Dreyfus aux mouvements des années 30, de la fondation des sciences humaines à l’avant-garde des années 70». Nous appelons la directrice à modifier ses décisions et à restaurer la liberté académique, une pratique longtemps associée à cette institution reconnue.